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Alors qu’on serait en droit de se demander si il reste encore un péril quelconque à être jeune dans une société où, les institutions s’acharnent à décrypter les futurs besoins, les futurs lacunes, les futurs révoltes des ados ; KhaciJay Franco-Antillaise, 22 ans tout juste, réussit l’exploit ordinaire d’inventer pour elle-même une jeunesse authentique, loin des stéréotypes et de l’engouement suscité par les modes que fabriquent les bureaux de marketing.
Si Khaci porte haut l’exigence avec laquelle elle entend se construire en femme, vous auriez tort de l’imaginer prostrée en méditation, indifférente aux affaires du monde. En fait Khaci, Jessica de son vrai prénom, est animée par de nombreuses passions dont une pour l’art, le style et la mode. Ces dispositions lui valent aujourd’hui d’assumer depuis un peu plus d’un an un statut d’auto-entrepreneur.

Avant d’en arriver là, il lui aura fallu comme tout à chacun, s’acquitter d’une scolarité qui la gratifie [...] d’une licence en psychologie.
« Étudier la psychologie m’a aidé à me comprendre et à accepter qui je suis » confesse t-elle, avant d’avouer que ce cursus lui a aussi permis de rassurer une mère sensiblement alarmée par le goût prononcé de sa fille pour des activités d’un autre ordre. À l’âge de 5 ans Jessica demande à s’inscrire au cours de piano de son école, elle s’y consacre, jusqu’au moment où les horaires des cours ne concordent plus avec son emploi du temps scolaire, débute alors à 11 ans son parcours de danseuse. Après quelques cours en Classique, elle comprend rapidement que la gestuelle des danseurs Hip-Hop lui conviendra mieux. Cependant sujette à des douleurs dorsales elle est contrainte d’abandonner cette voie, et décide alors de s’investir dans le dessin qui est son mode d’expression privilégié, celui qu’elle possède le mieux et où elle s’autorise à en dire un peu plus sur elle.
En autodidacte studieuse et assidue elle développe un style où s’illustrent à tour de rôle les différentes facettes d’une personnalité qui ne renonce à aucun paradoxes. Mais bientôt, dessiner ne suffit plus, il faut que ce qu’elle exprime d’un trait elle puisse aussi l’assumer au quotidien, c’est ainsi que l’idée lui vient de se servir de t-shirt comme le support de ses oeuvres. Le succès et les commandes aidant elle crée sa marque.
« Proposer une oeuvre unique sur t-shirt plutôt qu’un simple vêtement, c’est offrir la possibilité à chacun de ressentir ce qui fait de lui un individu, et c’est ce qui m’importe« .

Elle saisit cette opportunité pour s’exprimer sur les thèmes qui lui sont chers comme dans sa série Superwoman où son pinceau retrouve les traits de certaines des figures féminines qui ont marquées l’histoire de la communauté Afro.
En matière d’art, Jessica se reconnaît deux grands maîtres ; les peintres contemporains Piet Mondrian et Jackson Pollock, deux références qui, pour ceux qui la connaissent bien, situent assez fidèlement l’ambivalence d’une personnalité où la rigueur doit encore composer avec l’énergie débordante qu’on prête aux jeunes de son âge.

Décidément, difficile d’échapper aux préjugés même quand on s’appelle KhaciJay. C’est à ce moment qu’intervient, sa musique, comme un dernier atout, pour nous rappeler qu’il est décidément des jeunesses qui ont cela d »éternelle, qu’elles n’ont pas d’époque.
Musique : Nina Simone – Feeling Good, Don’t Let Me Be Misunderstood ; Aloe Blacc – Hey Brother ; Janelle Monae – Tightrope.
